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Petit blog des expressions et mémoires capturées au (sur)vol d’un monde(s)

Modèles de danse
30 juin, 2008, 14:15
Classé dans : Modeles de danse

Un environnement ? Une configuration dynamique, un organe sensoriel décentralisé: un modèle de danse qui capture d’autres modèles de danse.

http://www.dailymotion.com/video/k7hBIXEAh426DfG2ud

Deux grilles de lecture, extraites parmi beaucoup d’autres:

-> Les formes (les corps) expriment des symptômes, des rapports de force.
« Ils [les arbres] ne sont qu’une volonté d’expression. Ils n’ont rien de caché pour eux-mêmes, ils ne peuvent garder aucune idée secrète, ils se déploient entièrement, honnêtement, sans restriction [...], ils ne s’occupent qu’à accomplir leur expression : ils se préparent, ils s’ornent, ils attendent qu’on vienne les lire. » Francis Ponge.
« [...] une plante est un chant dont le rythme déploie une forme certaine, et dans l’espace expose un mystère du temps.» Paul Valéry.

-> Les formes (les corps) ne sont pas séparables de leur environnement, c’est à dire que tout est question d’échelle dans l’enchaînement des frontières entre individu et collectivité.
L’approche systémique propre à l’écologie est ainsi une façon de percevoir à la fois l’arbre et la forêt, sans que l’un ne masque l’autre. L’arbre est y alors perçu comme une configuration d’interactions appropriée aux conditions de vie de la forêt, elle-même association d’arbres dont les interactions produisent la niche écologique des individus arbres.


Source audio: chronique-olivier-06-08-28-18-49-02-la-plante-est-elle-un-individu – (c) Frequence Terre

Un exemple, une application, une résonance: Béjart Ballet et le Bolchoï – Le Boléro de Ravel, partie 1 et 2. Expression d’un monde en création, croissance du conatus (désir), sélection des espaces et des mouvements. Apprentissage, tâtonnement et composition, musique et déploiement d’une mélodie qui se chante elle-même. Modèle de danse ou modèle de monde qui capture et invite d’autres modèles de danse.

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Représentation, appropriation et insertion
30 juin, 2008, 12:07
Classé dans : Representations

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Une ligne et trois mouvements: représenter la nature, s’approprier celle-ci et insérer son expérience dans une histoire plus que personnelle. Trois temps, ou trois noeud à dénouer pour qui s’interresserait à la question écologique au sens large. Petite proposition: de Philippe Descola, classification des formes d’écologies symboliques, à Michel Serres, polluer c’est s’approprier, à Tim Burton, composer un monde c’est proposer un récit parallèle par où la filiation s’insère.

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 » [...] toute morale de la nature est par définition anthropogénique en ce qu’elle exprime nécessairement des valeurs défendues par des humains [...] il existe une pluralité de natures et de façons de les protéger, pour ne pas imposer l’abstraction du bien public à ceux qui ont d’autres manières de composer des mondes communs, pour ne pas faire trop violence à tous ces peuples qui ont produit au fil du temps toutes ces natures particulières [...]
Il n’existe pas de critères absolus et scientifiquement fondés à partir desquels pourraient être justifiées des valeurs universellement reconnues dans le domaine de la préservation des biens naturels et culturels [...] les valeurs sur lesquelles s’appuie la politique internationale de protection de la nature sont indissociables d’une cosmologie très particulière qui a émergé et s’est stabilisée en Europe au cours des derniers siècles, une cosmologie que j’ai appelée naturaliste et qui n’est pas encore partagée par tous les peuples de la planète, loin de là. Car le naturalisme n’est qu’une façon parmi d’autres d’organiser le monde, c’est-à-dire d’opérer des identifications en distribuant des qualités aux existants à partir des diverses possibilités d’imputer à un autre indéterminé une physicalité et une intériorité analogues ou dissemblables à celles dont tout humain fait l’expérience. De sorte que l’identification peut se décliner en quatre formules ontologiques :

-> soit la plupart des existants sont réputés avoir une intériorité semblable tout en se distinguant par leurs corps, et c’est l’animisme.
La formule de l’animisme: « ce n’est pas au moyen de leur âme qu’humains et non-humains se différencient, mais bien par leurs corps. »
L’animisme est présent parmi les peuples d’Amazonie, du nord de l’Amérique du Nord, de Sibérie septentrionale et de certaines parties de l’Asie du sud-est et de la Mélanésie.

-> soit les humains sont seuls à posséder le privilège de l’intériorité tout en se rattachant au continuum des non-humains par leurs caractéristiques matérielles, et c’est le naturalisme.
Le naturalisme inverse la formule de l’animisme: « en articulant une discontinuité des intériorités et une continuité des physicalités. »
Le naturalisme est présent en Europe à partir de l’âge classique.

-> soit tous les éléments du monde se différencient les uns des autres sur le plan ontologique, raison pour laquelle il convient de trouver entre eux des correspondances stables, et c’est l’analogisme.
La formule de l’analogisme: « un mode d’identification qui fractionne l’ensemble des existants en une multiplicité d’essences, de formes et de substances séparées par de faibles écarts, parfois ordonnées dans une échelle graduée, de sorte qu’il devient possible de recomposer le système des contrastes initiaux en un dense réseau d’analogies [...] C’est bien la différence infiniment démultipliée qui fait l’état ordinaire du monde, et la ressemblance le moyen espéré de le rendre intelligible et supportable. »
L’analogisme est présent parmi la Chine, l’Europe de la Renaissance, l’Afrique de l’Ouest, les peuples indigènes des Andes et de Méso-Amérique.

-> soit certains humains et non-humains partagent, à l’intérieur d’une classe nommée, les mêmes propriétés physiques et morales issues d’un prototype, tout en se distinguant en bloc d’autres classes du même type, et c’est le totémisme
La formule du totémisme: « c’est cette continuité interspécifique des physicalités et des intériorités qui fait la spécificité de cette ontologie (ou de ce mode d’identification), où chaque individu est l’actualisation d’un des états successifs par lesquels est passée la genèse de l’identité collective propre à l’ensemble dont il fait partie. » 
L’animisme est présent au premier chef l’Australie des Aborigènes.

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A qui appartient la nature ? par Philippe Descola

«  Un scorpion veut traverser le fleuve. Mais il ne sait pas nager. Il avise un hippopotame et lui demande : – Puis-je monter sur ton dos pour traverser le fleuve ? L’hippopotame lui répond : – Tu me prends pour un imbécile ? Si je te prends sur mon dos pour traverser le fleuve, tu vas me piquer, et je mourrai. – Mais non, dit le scorpion, car si je te pique, je vais me noyer. – D’accord, dit l’hippopotame. Le scorpion grimpe sur son dos, et ils entament la traversée. Au milieu du fleuve, le scorpion pique l’hippopotame. – Qu’est-ce qui t’a pris ? dit l’hippopotame, en sombrant. Tu vas mourir aussi. – Je n’y peux rien, dit le scorpion. C’est ma nature. « 

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A qui appartient la nature ? par Philippe Descola

Petites natures – enquête, enquête réalisée par Rachel Easterman-Ulmann, avec Catherine Bonifassi, Frédérique Ildefonse et Jean-Philippe Renouard, Vacarme 14 hiver 2001
Enquête réalisée par Rachel Easterman-Ulmann, avec Catherine Bonifassi, Frédérique Ildefonse et Jean-Philippe Renouard
1. À quelle nature avez-vous à faire ?
2. Vous apparaît-il qu’existe quelque chose comme un ordre naturel ?
3. Pouvez-vous donner des exemples, où l’utilisation de la nature comme argument vous a énervé(e) ?
4. Y a-t-il des choses (inventions, pratiques sociales, technologies, discours) qui, parce qu’elles bousculeraient la nature, vous effraient ?

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 » Les tigres pissent pour délimiter leur niche. Ainsi font sangliers et chamois. Mimons-nous ces animaux ? Je le crains, je le vois, je le sens. Quiconque crache dans la soupe ou la salade s’en assure la propriété. Vous ne couchez pas dans des draps salis par un autre ; ils sont désormais à lui. Pour pouvoir recevoir ses clients, un hôtel, un restaurant, inversement, nettoient lit et serviettes. L’éthologie, science des conduites animales, comme les pratiques hospitalières – mais aussi l’histoire des religions, les techniques agricoles, même la sexologie… – montrent le rapport étrange et répulsif entre le sale et la propriété. Oui, notre propre, c’est notre sale. « 

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Modalité de représentation d’un récit plus que personnel, vie et composition d’un monde humain, travail de la mémoire, porte ouverte à la filiation.


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