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Des images positives de l’environnement ?
2 juillet, 2008, 8:50
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«  [...] les effets et les produits sont nécessaires à leur causation et à leur production, nous sommes produits [de la société, de l'espèce] et producteurs [de la société, de l'espèce] à la fois.  »  Edgar Morin.

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«  [...] où commence le soi de l’aveugle ? Au bout de la canne ? Ou bien à la poignée ? Ou encore, en quelque point intermédiaire ? [...] Les ordinateurs pensent-ils ? Je dirai tout de suite : non. Ce qui « pense », c’est l’homme plus l’ordinateur plus l’environnement. Les lignes de séparation entre homme, ordinateur et environnement sont complètement artificielles et fictives. Ce sont des lignes qui coupent les voies le long desquelles sont transmises l’information et la différence. Elles ne sauraient constituer les frontières du système pensant. Je le répète : ce qui pense, c’est le système entier…  » Grégory Bateson.

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Qu’entendons-nous par image « positive » de l’environnement ? Sans doute et simplement de celles qui, ne réduisant ni la complexité de leurs propositions ni la lucidité de leurs auditoires, nous permettent de former des représentations propres et renouvelées des questions relatives à l’écologie et l’environnement. Alors quelques mots et fragments croisés pour une tentative de définition non bornée.

Tout d’abord, une image positive, celle-ci utilise les capacités systémiques et synthétique (paysage, climat et cohabitation) propre à l’image pour :
- offrir différentes portes d’accès à un public singulier dans ses modalités de sélection de l’information comme de formation de ses représentations, dans ses fragments de connaissances préexistants;
- se confronter au réel, dans sa complexité, dans ses paradoxes en faisant cohabiter la mesure, le récit de la mesure et le récit;
- former un point nodal dans le réseau des idées et des savoirs par les fragments qu’elle propose;
- parier sur la lucidité de son auditoire;
- économiser de la structure narrative (i.e. trop de signifiant).

-> Celle-ci à donc pour but de donner matière à penser à un récepteur actif qui tisse son propre filet de connaissance, bien plus que de prescrire des normes « épuisant le réel » d’un spectateur plein et passif.

-> Celle-ci s’inscrit dans l’histoire des représentations en tant que le monde n’est pas transparent, les savoirs non donnés mais construits dans le temps.

Plus spécifiquement:

-> Celle-ci complète, et donc n’insiste pas sur les imageries vertes et blanches de l’environnement (de la plante verte à l’ours blanc). En ce sens, elle fait nécessairement sienne la formule de Deleuze commentant Spinoza : « l’artifice fait complètement-partie de la Nature, puisque toute chose, sur le plan immanent de la Nature, se définit par des agencements de mouvements et d’affects dans lesquels elle entre, que ces agencements soient artificiels ou naturels [...] l’Ethique de Spinoza n’a rien à voir avec une morale, il la conçoit comme une éthologie, c’est-à-dire comme une composition des vitesses et des lenteurs, des pouvoirs d’affecter et d’être affecté sur ce plan d’immanence. Voilà pourquoi Spinoza lance de véritables cris : vous ne savez pas ce dont vous êtes capables, en bon et en mauvais, vous ne savez pas d’avance ce que peut  un corps ou une âme, dans telle rencontre, dans tel agencement, dans telle combinaison. »

-> En conséquence, celle-ci vise avant tout à penser et déplacer les racines et frontières traditionnelles, notamment suivant la proposition suivante : «  [...] les effets et les produits sont nécessaires à leur causation et à leur production, nous sommes produits [de la société, de l'espèce] et producteurs [de la société, de l'espèce] à la fois. »  Edgar Morin. Autrement dit : «  pour qu’une interaction soit réelle, il faut, à la fois que la « nature » des choses en relation soit un produit de ces relations, et que les relations de leur côté soient des produits de la « nature » des choses [...] »  Whitehead.
Plus généralement l’interrogation pourrait se formuler comme suit : « [...] où commence le soi de l’aveugle ? Au bout de la canne ? Ou bien à la poignée ? Ou encore, en quelque point intermédiaire ? [...] Les ordinateurs pensent-ils ? Je dirai tout de suite : non. Ce qui « pense », c’est l’homme plus l’ordinateur plus l’environnement. Les lignes de séparation entre homme, ordinateur et environnement sont complètement artificielles et fictives. Ce sont des lignes qui coupent les voies le long desquelles sont transmises l’information et la différence. Elles ne sauraient constituer les frontières du système pensant. Je le répète : ce qui pense, c’est le système entier… » Grégory Bateson.
Les individus en tant que configurations dynamiques singulières, l’homme sous-système du sous-systèmes de la biosphère, celui-ci ne compose jamais qu’un arc dans un circuit plus grand qui toujours le comprend lui et son environnement (l’homme et l’ordinateur, l’homme et la canne…). Plus généralement : « l’unité autocorrective qui transmet l’information ou qui, comme on dit, pense,  agit et  décide, est un système dont les limites ne coïncident ni avec celles du corps, ni avec celles de ce qu’on appelle communément soi ou conscience. » Grégory Bateson. L’approche systémique est donc une façon de percevoir à la fois l’arbre et la forêt, sans que l’un ne masque l’autre. L’arbre est perçu comme une configuration d’interactions appropriée aux conditions de vie de la forêt, elle-même association d’arbres dont les interactions produisent la propre niche écologique des individus arbres.
« [...] il me paraît bien plus adéquat de parler de configuration singulière, plutôt que d’individu, configuration singulière qui ne prend forme qu’en rapport à d’autres configurations singulières, lesquelles ne se comprennent que dans un contexte très fortement dynamique. Ainsi, l’homme n’est plus pensé dans une position isolationniste, archipélique où les êtres seraient complètement distincts les uns des autres : atomisés [...] C’est à ce niveau d’analyse que l’on commence à percevoir les turbulences dans lesquelles séjourne l’âme humaine : l’individu au sens strict n’existe nullement, tant la subjectivité humaine s’ancre dans de multiples expansions, établissant la pluralité de ces racines dans un champ beaucoup plus large : celui de la collectivité, laquelle n’ayant pas davantage de forme parfaitement close, pleine et isolée, s’ouvrirait et s’ancrerait sur un collectif encore plus vaste. Si bien que d’une expansion à l’autre, nous nous retrouverions assez vite au niveau presque le plus général, celui de la société elle-même. C’est en ce sens que le schisme entre la société d’un côté et l’individu de l’autre est souvent une opinion sociologique non interrogée, qui en fait une problématique tout à fait passionnante. Peut-être pouvons-nous l’exprimer en un chiasme : l’individu est un être social et la société est faite d’individus… » Raphaël Bessis.

-> Celle-ci est désirante. C’est-à-dire qu’elle offre à son spectateur la possibilité de construire et d’expérimenter les agencements qui lui conviennent : états de chose, style d’énonciation, territoires (cartographie) et mouvements de sortie de territoire (passage, ligne de fuite). Sur ce dernier point, et autrement dit, on entre dans la question écologique pour en sortir. Sauf à vouloir tourner en rond, s’isoler soi-même comme isoler son objet d’étude, ce qui n’est proprement pas écologique. 
Le désir baigne dans le collectif des relations. Bien plus que dans des termes isolés (pingouins), qu’est-ce qui fait, ou plutôt quel tissu de relation porte le monde antarctique ? Dans l’image, quelle est la nature des rapports entre les éléments pour qu’il y ait désir, pour que ceux-ci deviennent désirables : « je ne désir pas seulement une femme, je désire aussi un paysage qui est enveloppé dans cette femme. Paysage qu’au besoin je ne connais pas mais que je pressens, et tant que je n’aurais pas déroulé le paysage qu’elle enveloppe, mon désir n’aura pas abouti, ne sera pas satisfait ».
Le mouvement de la madeleine de Proust : «  [...] aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau. Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé. » Proust

-> Celle-ci présente des concepts (biodiversité, écosystème, etc.) de sorte à s’y intégrer dedans, la forme de l’expression rejoignant nécessairement l’idée proposée. Ou autrement dit, l’homme dedans signifie aussi que ses idées ne sont plus de simples outils prélèvement et dont la finalité serait de piloter le monde du dehors. Ses idées sont tout autant le symptôme du paysage de la pensée, et donc du monde dans lequel elles poussent. Nous rejoignons ici Bateson dans son couplage du système mental humain d’avec le système coévolutif plus vaste qu’est la biosphère. D’où toute production dedans, que ce soit dans la diversité des plans, des cadres, des relations exprimées (analogiques et  digitales), la structure narrative, etc.
Gilles Deleuze sur Foucault : « [...] C’est que les forces de l’homme ne suffisent pas à elles seules à constituer une forme dominante où l’homme peut se loger. II faut que les forces de l’homme (avoir un entendement, une volonté, une imagination, etc.) se combinent avec d’autres forces [...] La forme qui en découlera ne sera donc pas nécessairement une forme humaine, ce pourra être une forme animale dont l’homme sera seulement un avatar, une forme divine dont il sera le reflet, la forme d’un Dieu unique dont l’homme ne sera que la limitation (ainsi, au XVIIe siècle, l’entendement humain comme limitation d’un entendement infini) [...] C’est dire qu’une forme-Homme n’apparaît que dans des conditions très spéciales et précaires : c’est ce que Foucault analyse, dans Les mots et les choses, comme l’aventure du XIXe siècle, en fonction des nouvelles forces avec lesquelles celles de l’homme se combinent alors. Or tout le monde dit qu’aujourd’hui l’homme entre en rapport avec d’autres forces encore (le cosmos dans l’espace, les particules dans la matière, le silicium dans la machine…) : une nouvelle forme en naît, qui n’est déjà plus celle de l’homme [...] »
« Il est impossible que l’homme ne soit pas une partie de la nature, et qu’il ne puisse souffrir d’autres changements que ceux qui se peuvent concevoir par sa seule nature et dont il est la cause adéquate. » Corollaire : Il suit de là que l’homme est nécessairement toujours soumis aux [affects] passions (sentiment), qu’il suit l’ordre commun de la nature et y obéit et s’y accommode, autant que la nature des choses l’exige. » Proposition IV et corollaire de l’Ethique IV, Spinoza.

-> Celle-ci recherche les échos, les points de frottements ou de fêlure afin d’intercéder avec les autres disciplines. C’est à dire que les divers angles d’attaques qui cohabitent sur un même objet, ceux-ci sont avant tout autant de matières premières disponibles pour chacun. Ainsi notre image ne s’enferme pas sur elle-même, sur son propos.
« L’homme à la sangsue : il a voulu remplacer les valeurs divines, la religion et même la morale par la connaissance. La connaissance doit être scientifique, exacte, incisive : peu importe alors que son objet soit petit ou grand ; la connaissance exacte ; la connaissance exacte de la plus petite chose remplacera notre « croyance » aux « grandes valeurs vagues ». Voilà pourquoi l’homme donne son bras à la sangsue, et se donne pour tâche et pour idéal de connaître une toute petite partie de la chose : le cerveau de la sangsue (sans remonter aux causes premières). Mais l’homme à la sangsue ne sait pas que la connaissance est la sangsue elle-même, et quelle prend le relais de la morale et de la religion, en poursuivant le même but qu’elles : inciser la vie, mutiler et juger la vie. » Nietzsche par Gilles Deleuze.

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Image de prévisualisation YouTube
Donner à voir les louvements de construction d’un monde. L’araignée qui tisse sa toile, l’écrivain qui grave son roman sur le sol à coup de marteau, le soleil qui bombarde la feuille frétillante. Surface d’inscription du passeur par qui passe un flot de vie.

http://www.dailymotion.com/video/k2y8mvJmyRCP9Yo78U
Il existe bien des manières de donner à voir le système de la production agro-alimentaire industrielle. Le plus souvent par de long discours peu éclairants.Ici, et sans commentaire aucun, le réalisateur capte le petit point de félure de la chaine de découpage du poulet. L’objet inattendu qui nous ramène au bancal, au bricolage, à la présence de l’humain au coeur de la machine, au coeur de la technique.

http://www.dailymotion.com/video/k4AYw0xJY29BxDBWKD
L’invention, ou comment faire bifurquer le récit du monde en se glissant dans son mouvement, prendre le geste des choses, le jaillissement ininterrompu d’une improbable nouveauté.


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