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Petit blog des expressions et mémoires capturées au (sur)vol d’un monde(s)

Eclairer la montagne
1 juillet, 2008, 10:43
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«  [...] il n’y a pas d’opposition dans mon esprit entre les écologies : politique, environnementale et mentale. Toute appréhension d’un problème environnemental postule le développement d’univers de valeurs et donc d’un engagement éthico-politique. Elle appelle aussi l’incarnation d’un système de modélisation, pour soutenir ces univers de valeurs, c’est-à-dire les pratiques sociales, de terrain, des pratiques analytiques quand il s’agit de production de subjectivité.  » Félix Guattari

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«  [...] l’écologie est un concept intégrateur [...] plus qu’une discipline scientifique [...] elle représente une nouvelle vision du monde et de l’homme dans la nature. Le nouvel écocitoyen doit mieux comprendre comment situer et insérer son action locale dans un ensemble global [...] Il s’agit aujourd’hui de l’aider à passer de l’émotion à la responsabilité grâce à une culture scientifique et technique permettant de relier les éléments épars reçus par l’éducation ou les médias. D’où l’importance d’une approche [...] multidimensionnelle de l’écologie et de la gestion de l’environnement.  »  Joël de Rosnay

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Puisque finalement chacun sélectionne une partie, les parties du monde qui lui apparaissent comme importantes, et que la nature « n’appartient » à personne dans ses représentations comme dans ses pratiques, éclairer l’environnement et l’écologie à destination d’un public multiple pourrait bien ressembler à la description d’une montagne. 

Une face ensoleillée assez largement colonisée et visualisée à ce jour (adret), une face ombragée encore bien souvent oubliée (ubac).

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«  Aider à s’élever pour mieux voir, à relier pour mieux comprendre et à situer pour mieux agir.  » Joël de Rosnay

L’adret de notre montagne, surface ensoleillée présentant des dégradés, représenterait les « pièces » d’une écologie qu’on pourrait nommer « quantitative » : les sciences et lois de la mesure, les machines d’analyse et prélèvement.

L’ubac de notre montagne représenterait quant à elle les pièces d’une écologie qu’on pourrait dire « qualitative » : les arts de la représentation et des récits, autant d’intercesseurs venant échoïser la ligne scientifique, l’étirer sur ses bords. Art de l’expérimentation, et jurisprudence du « on ne sait pas à l’avance.

Pourtant, loin de s’opposer ces deux versants nous enseignent la nécessité d’avoir au minimum cette double vision, quantitative et qualitative, dans l’ascension d’un même problème. Si vous n’aviez qu’un œil, si vous n’aviez qu’un chemin… Arts, sciences et techniques, philosophie, de la mesure aux récits, tous ces domaines de l’humain interfèrent de sorte à nous proposer de ces visions multiples qui nous permettent de rendre de son épaisseur au réel. Dès lors, nous voyons bien qu’il existe encore bien des espaces d’intercession à créer, de pistes à défricher afin de rendre accessible, ouvrir au plus grand nombre des voies de traversée douce à la montagne écologie.

Multiplier les ascensions possibles, les portes d’entrées adaptées à chacun, c’est aussi et surtout pouvoir estimer correctement la taille de l’obstacle à franchir. 

Parcourir la montagne, de la science de la mesure à l’art de composer et de conter ses rapports au monde. Donner à construire pour que chacun puisse présenter ses propres rapports sous le rapport qui se combine le plus directement à la montagne.

«   Pour qu’une interaction soit réelle, il faut, à la fois que la « nature » des choses en relation soit un produit de ces relations, et que les relations de leur côté soient des produits de la « nature » des choses [...] «   Whitehead

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http://www.dailymotion.com/video/k5ZdYLrNkyuPmMGb45
Versant qualitatif: l’homme et les cormorans, un bon exemple de la composition d’un organe sensoriel décentralisé capable d’intégrer différente sortes de danses.

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Versant quantitatif: l’homme de la mesure, l’énergie disponible en tant que chiffrage de notre potentiel de pression sur l’environnement.

Dans un monde fait de structure et de circuits plus ou moins inaccessibles à l’homme, la « sagesse » de ce denier consiste précisément dans la reconnaissance ou la perception de ceux-ci, comme des relations qui nous relient. Comment ?
L’art est l’une de ces voies privilégiée d’accès vers, dans la mesure où « [...] l’art, à une fonction positive, consistant à maintenir ce que j’ai [Bateson] appelé « sagesse », modifier, par exemple, une conception trop projective de la vie, pour la rendre plus systémique [...] ce que la conscience non assistée (par l’art, les rêves, la religion…) ne peut jamais apprécier, c’est la nature systémique de l’esprit. »

Ce qui est souligné dans la profondeur d’une œuvre d’art, dans une composition, ce sont des catégories de relations et non quelques éléments relatés aux contours facilement identifiables. Le projet de l’œuvre d’art est un projet intégrateur qui rencontre ici l’objectif de l’écologie. Ce que disait Nietzsche à propose de ce qu’accomplit le danseur, c’est précisément le dépassement des antinomies. Le corps dansant a le pouvoir d’unir les contraires et « nous avons l’art, afin de ne pas mourir de la vérité« .

Le jeu de la combinaison des sources et des savoirs consiste précisément à accroître cet échantillon qu’est la conscience. Mais pas seulement quantitativement, bien plus qualitativement en reliant les « vides », les coupes de circuit, en éclairant les zones grises d’un chemin de pensée. Sous cet angle, l’écologie apparaît, en plus de la science et de la mesure, comme l’art des agencements, de la composition de modes d’existence. En résonnance avec le devenir artiste nietzschéen, elle permet la création de perspectives nouvelles au sens où il existerait une boucle (écologie mentale) du type : « les modes de vie inspirent des façons de penser, les modes de pensée créent des façons de vivre », en combinant et expérimentant les approches scientifiques, industrielles, médiatiques, et donc artistiques.


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