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Quel genre de tique êtes-vous ?
30 juin, 2008, 23:53
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 » [...] chaque espèce vit dans un monde unique, qui est ce qui lui apparaît  déterminé par son organisation propre [...] rien que quelques signes comme des étoiles dans une nuit noire immense. » Gilles Deleuze, commentaire sur la relation Uexküll / Spinoza

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«  Il faut avoir une musique en soi pour faire danser le monde.«  Nietzsche

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La perception consciente naît d’une sélection

Ce que je peux voir, distinguer ou différencier, tout cela est fonction des idées et des affects dont je suis capable. Dans une nature mouvante, chaotique, et pour ainsi dire fourmillante, la conscience sélectionne (rétrécissement) les perceptions qui intéressent mon corps, dans le sens où elles représentent l’action possible que celui-ci a sur les choses et que les choses ont sur lui. Autrement dit, une chose est une chose, à partir du moment où je la représente. C’est à dire que je forme une certaine idée de la chose fonction de l’histoire de ma rencontre avec. Une idée qui me donne (englobe l’affect) de la joie ou qui m’attriste. Idée ou image, que je pourrais projeter par la suite sur des choses que je reconnaitrais comme similaire (mémoire tampon et mimétisme).

A contrario, et bien que nous ne nous intéresserons pas ici à la question, notons que l’inconscient n’est pas représenter, il est devenir : « il n’est pas fait de formes mais de lignes, d’ailleurs il n’est pas fait : il se fait, il est se faisant. »

Dès lors pour un producteur d’image comme pour l’éthologue, la question est bien de savoir à quoi tel ou tel individu singulier est-il indifférent dans l’infinité du réel? Tout comme à quoi réagit-il positivement ou négativement ? Autrement dit quels sont ses aliments, quels sont ses poisons, soit qu’est-ce qu’il prend dans son monde ? Comme le rappelle Deleuze à propos de la relation Uexküll / Spinoza : « chaque espèce vit dans un monde unique, qui est ce qui lui apparaît  déterminé par son organisation propre [...] rien que quelques signes comme des étoiles dans une nuit noire immense ». 

Monde unique, mélodie du conatus, composition qui se chante-elle-même exprimant à tout instant l’histoire de ses intensités, de ses affects nées de ses rencontres avec le monde: « Il faut avoir une musique en soi pour faire danser le monde. » Nietzsche.

Ainsi, jamais un individu, une chose, n’est séparable de ses rapports avec le monde : « l’intérieur est seulement un extérieur sélectionné, l’extérieur, un intérieur projeté ; la vitesse ou la lenteur des métabolismes, des perceptions, actions et réactions s’enchaînent pour constituer tel individu dans le monde. Et, en second lieu, il y a la manière dont ces rapports de vitesse et de lenteur sont effectués suivant les circonstances, ou ces pouvoirs d’être affecté, remplis. Car ils le sont toujours, mais de manière très différente, suivant que les affects présents menacent la chose (diminuent sa puissance, la ralentissent, la réduisent au minimum), ou la confirment, l’accélèrent et l’augmentent : poison ou nourriture ? » Deleuze sur Spinoza.

Uexküll disait en son temps que, pour un sujet, l’espace et le temps ne sont pas d’une utilité immédiate. Ils ne prennent d’importance qu’au moment de découper et cartographier l’environnement afin d’identifier et différencier, dans une nature fourmillante, les nombreux caractères perceptifs (forme, mouvement, forme sans mouvement, mouvement sans forme) « qui se confondraient sans la charpente spatio-temporelle du milieu ».

 « Un lointain successeur de Spinoza [Uexküll] dira : voyez la tique, admirez cette bête, elle se définit par trois affects, c’est tout ce dont elle est capable en fonction des rapports dont elle est composée, un monde tripolaire et c’est tout! La lumière l’affecte, et elle se hisse jusqu’à la pointe d’une branche. L’odeur d’un mammifère l’affecte, et elle se laisse tomber sur lui. Les poils la gênent, et elle cherche une place dépourvue de poils pour s’enfoncer sous la peau et boire le sang chaud. Aveugle et sourde, la tique n’a que trois affects dans la forêt immense, et le reste du temps peut dormir des années en attendant la rencontre [...] » Gilles Deleuze

La perception consciente nait d’une connection

Point complémentaire au précédant, le choc de la rencontre, symptôme d’un frottement ou d’une connection en cours: « La conscience n’apparait d’habitude que lorsqu’un tout veut se subordonner à un tout supérieur [...] la conscience naît par rapport à un être dont nous pourrions être fonction. » Nietzsche,  la volonté de puissance, II, 227.

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http://www.dailymotion.com/video/k3vvryKjcIHzxnrBNA
La composition d’un monde, de Spinoza à Uexküll en passant par Deleuze.


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